Stephan Houdier est instructeur bénévole à Grenoble. Comme beaucoup d’entre-vous, il aime partager sa passion. Nous avions partagé son film sur Facebook dès la fin 2014. Son film ne ressemble pas aux autres. C’est pourquoi son témoignage est intéressant.

On voit bien à l’image que tu n’as pas filmé avec une caméra d’action, pourtant tu rends parfaitement ce que voit et ressent le pilote. Quelles étapes as-tu suivi pour la création de ton film ?

Above Clouds – October 9, 2014 from StéphH on Vimeo.

Stephan Houdier : J’avais déjà monté quelques films avant celui-ci. L’idée était alors de compiler les images réalisées au cours de la saison, éventuellement en allant piquer quelques rushs sur celles de la saison précédente, pour présenter un petit film aux copains du club. Dans ce cas, le point de départ a toujours été le choix de la musique, lequel était dicté :

  1. Par mon goût personnel. Étant donné, qu’au cours du montage on va devoir entendre et réentendre le même morceau des centaines de fois, qui plus est découpé en petits bouts, il vaut mieux choisir quelque chose qu’on aime vraiment !
  2. Par la nature des images que j’avais en boutique. Une musique, une chanson présentant des phases « cool » et d’autres plus « énergiques » (quelque soit le style de musique retenu) est idéale car permet plus facilement d’implanter dans le film la plupart des images filmées au cours de l’année.

Pour « Above Clouds », ce fut un peu différent. Toutes les images ont été tournées le même jour, lors du même vol. Pas besoin de faire un grand tri dans les images ! Il s’agissait juste de faire une sélection des plus belles. Je suis donc plutôt parti des images que de la musique. Le montage fût relativement aisé car plus ou moins dicté par la chronologie du vol. Il s’agissait de sélectionner les bonnes séquences, de les couper là où il faut, une petite synchro avec la musique et hop … franchement, je pense que c’est le montage qui a dû me demander le moins de boulot parmi les derniers films que j’ai monté. Pour ce qui est de la musique, je l’ai assez vite choisie. Pour les autres films, j’en ai parfois essayé plusieurs avant de choisir définitivement.

Il fallait, pour accompagner les images, un morceau plutôt au style « planant ». En vol d’onde, on est haut et donc loin du relief. On filme souvent dans le ressaut, avec le vent de face. Tout cela fait que le planeur ne va pas vite ou qu’il donne l’impression de ne pas avancer. Le rythme des images s’en ressent et la musique doit l’accompagner.

Quelle était ta motivation à l’époque pour réaliser ce film ?

J’avais filmé pendant ce vol. J’avais des images. C’était plutôt beau en l’air. Juste l’envie de partager les images avec les copains du club et ceux qui pourraient l’apprécier sur le web.

Avec quel matériel as-tu réalisé ces prises de vues ? 

Les prises de vues ont été réalisées avec un appareil photo compact SONY RX100. J’ai dû l’utiliser exclusivement avec une focale de 28 mm, sa limité inférieure.

Quelles sont les particularités de filmer en altitude et en hiver ? 

J’avais fait gaffe de recharger la batterie avant le vol. L’appareil n’a pas une autonomie énorme et je n’avais pas de batterie d’appoint ou de rechange. J’ai juste pris la précaution de le glisser sous la doudoune quand il n’était pas utilisé pour tenir la batterie au chaud.

Ton appareil était-il fixé ?

Non, il n’était pas fixé. Je le tenais à la main. Gauche de préférence. La plupart des images sont prises par le fenestron de la verrière (à gauche du pilote) pour éviter les reflets dus à celle-ci. J’essayais de bloquer l’appareil dans l’angle du fenestron pour limiter le bougé.

Stephan Houdier

Tu nous as dit avoir géré l’espace aérien mais as-tu senti une augmentation de la charge de travail du pilote ? 

Sur un vol comme celui-là, franchement non, je n’ai pas ressenti de surcharge de travail. J’ai sorti l’appareil uniquement dans des phases de vol « tranquilles » que permet le vol d’onde. A part les premières images tournées en compagnie d’un autre planeur, j’étais le seul planeur aux alentours pendant tout le vol. Pas de risque d’abordage. Seul et surtout suffisamment haut au-dessus du relief pour pouvoir sortir régulièrement l’appareil. J’étais en local du Versoud pendant tout le vol. Je connais donc plutôt bien les espaces aériens (le GPS étant là pour m’aider) et dans le cas précis, le fait de filmer n’est pas allé à l’encontre de ma gestion de ces espaces.

Il n’en va pas de même pour les vols en thermique. L’attention doit être plus soutenue. On vole souvent très près du relief. On ne rigole plus là. Il m’est arrivé de filmer dans ces conditions, bien sûr. Main droite sur le manche forcément. Pas de volets à gérer. Bon, pourquoi pas, je l’ai fait … mais je garde plutôt ce type de prises de vue pour les vols en biplace.

En fait, je ne pars jamais en vol en me disant que je vais filmer ceci ou cela. Je pars voler et j’emmène mon appareil photo. C’est tout. Si les circonstances s’y prêtent (belles lumières, sécurité assurée au mieux), je sors l’appareil. Lors des grands vols solo, je ne m’en sers en fait que très rarement, je dirais pas plus d’un vol sur quatre. En compétition, pour ainsi dire jamais. Cela dit beaucoup de la concentration déployée pendant ce type de vol et du danger potentiel qu’il pourrait y avoir à se détourner de cette attention pour filmer. Si la caméra est fixée, je pense que le problème est moindre. C’est le cas souvent avec les caméras dites d’action qui ont des systèmes de fixation efficaces.

Pour résumer, je filme -ou photographie- de façon très opportuniste. Je n’ai jamais le scénario d’un film en tête quand je décolle. Celui-ci se construit au sol, derrière l’ordinateur et en fonction des images à assembler disponibles.

Le montage est très réussi et créatif. Quelle est ta méthode ?

Merci. J’avais bien plus travaillé le montage du film « best of gliding 2012 » (ci-dessous). Honnêtement, pour celui là, j’ai juste essayé de sélectionner les bons rushs et de synchroniser musicalement les changements de séquences.

A year of gliding flights – French Alps – 2012 from StéphH on Vimeo.

A voir les autres films de Stéphan sur sa chaine Viméo

 Également sur la page Facebook du club Grenoble Vol à Voile

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