La sortie avant noël du film le temps des hélices 2016, consacré au meeting de la Ferté-Alais, nous donne l’occasion de nous intéresser aux coulisses du tournage de ce film. Un deuxième sujet consacré au montage et à la post-production sera publié prochainement.

Éric Mercier, le réalisateur du film, à bien voulu répondre à nos questions. Le moins que l’on puisse dire est que son témoignage est riche d’enseignements.

Éric, quel est le facteur clé de la préparation d’un tel film ?

Le temps des hélices c’est de l’événementiel transformé en documentaire. Il faut aller vite, on ne peut pas refaire la scène. A moi d’anticiper et de capter le bon moment. On se prépare en fonction du programme des vols. Il y a un gros travail d’écriture qui se fait en fonction du planning établi par le directeur des vols. Je me documente ensuite pour replacer les avions dans leur contexte historique et préparer ainsi une voix off.

Le planning en main, je contacte les propriétaires d’avions que j’ai choisi pour évoquer les thèmes du spectacle. Le jour J il y a une collaboration avec les pilotes pour choisir les emplacements et dispatcher environ une dizaine de GoPro dans la journée sans trop perturber leur pré-vol.

Comment se préparent les mises en scène que l’on voit dans le film ?

Les mises en scènes, comme celle de la première guerre mondiale dans laquelle on voit des gens en tenue se préparent à l’avance. Il faut que tous les figurants soient là au bon endroit et au bon moment. Mais parfois cela ne se passe pas comme prévu et avec j’improvise rapidement. Comme la « grande dame » qui devait avoir un service à thé. Finalement je suis allé chercher rapidement dans mes accessoires, une réplique d’une lettre d’époque qu’elle ouvre devant la caméra et découvre avec stupeur des mauvaises nouvelles du front.

Il était prévu aussi que l’on organise une scène de remise de médailles par un officier supérieur à des pilotes en tenue de Luftwaffe devant le Me109. Mais l’avion n’a pas pu venir d’Allemagne à cause d’une panne moteur. Finalement on a échafaudé l’arrivée de l’officier en JU52 et le salut militaire à la descente de l’avion devant une délégation. Ensuite j’ai fait un raccord au montage avec une scène tournée le matin et une autre de prise de vue du décollage. Il faut que ce soit très court car on ne fait pas un film sur l’association des pilotes de guerre, mais ils font partie du show.

Des figurants, des avions, du matériel, des accessoires, quelques mises en scène rapides et hop on tourne ! Cela fait partie de choses nécessaires pour donner envie aux gens de venir voir le spectacle.

Combien de personnes êtes-vous pour filmer sur le week-end ?

On est 5. Bruno Vauthier, l’opérateur drone. C’est lui qui présente au BGTA les autorisations nécessaires pour l’utilisation de l’aéronef. Il pilote et cadre en même temps avec un retour vidéo. Il a un assistant, Thierry Berthelot, qui lui donne un coup de main et lui annonce les paramètres de vols.

Patrick Martens, un cadreur. On travaille ensemble quand il faut deux caméras autour d’un l’avion. Sinon je lui donne des indications sur les images que je souhaite pour le montage et travaille librement avec son propre programme… et moi avec le mien de mon côté.

Mickaël Pinier, qui gère les GoPro, il gère son planning pour le samedi et pour le dimanche en fonction des avions qu’on a choisi à partir du scénario que j’ai écrit en avance. Il sait ce qu’il à faire. Les installer, les mettre en route si elles sont positionnées en extérieur.

Donc à chaque avion son montage ?

Il y a des avions qui ont des supports fixes, à demeure. Ils sont fixés par le propriétaire, collés ou vissés. Quand ce n’est pas le cas, on demande si on peut coller notre support. Le support d’origine GoPro est bien avec l’adhésif 3M. Il faut quelques heures à la colle pour prendre mais c’est top. On sait que c’est solide … mais on met du scotch. C’est psychologique. On aimerait bien voir notre patrimoine revenir avec l’avion ! La ventouse tient à 400 à l’heure mais on met du scotch quand même !

Alors dans quels cas utilisez-vous la ventouse ?

La ventouse c’est bien sur les verrières, à l’intérieur. Mais pas évident lorsqu’elles sont bombées ça ne marche pas tout le temps. Sur le T6, sur la profondeur bien dégraissé, elle revient toujours. A l’intérieur, il faut une partie plate et lisse.

Et le support collé ?

C’est pratique, ça va partout mais il faut anticiper et laisser le temps à la colle de se souder. Eric Vazeilles avait un nouvel avion de voltige (un CAP-222, NDLR). On a collé ensemble le support sur le tableau de bord le matin. J’ai posé ma caméra. Il a contrôlé le support et il m’a demandé à remettre un coup de tournevis aux molettes de serrage. Il avait raison car pendant sa démo ça secoue ! Les images air sont les plus belles, les plus stables de ce type de prise de vue.

Y-a-t-il un conseil que tu aimerais donner à ceux qui voudraient faire leur propre film ?

Le truc où il faut faire attention, c’est le côté administratif et en particulier de faire signer les renonciations de droits à l’image. La permission d’utiliser des images. Un aérodrome, un meeting c’est un lieu public. Certes, il y a des caméras partout pendant ce genre de manifestation. Mais le problème est celui de la diffusion.

Dès lors que l’on film une personne, il ne faut pas porter atteinte à sa dignité, ni porter atteinte à sa vie privée pour des raisons morales. La législation est un peu compliquée mais en résumé pour une diffusion, lorsqu’une personne est interviewée ou qu’elle facilement identifiable dans le champ de l’objectif, on dit qu’elle est individualisée et même pour une fiction, il faut son consentement écrit. C’est un bon bouclier d’avoir tous ces documents.

C’est bien aussi d’être à plusieurs pour partager les tâches et être plus efficace dans la captation.

LE TEMPS DES HÉLICES 2016 – Trailer DVD from Eric Mercier on Vimeo.

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